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Bénévoles, Milieux humides

Grand coup de balai

En Colombie-Britannique, des bénévoles de CIC aident à éliminer le genêt à balais envahissant dans des projets d’aménagement de milieux humides.

mai 25, 2018
Grand coup de balai
Des bénévoles en train d’arracher le genêt à balais. ©CIC

Quand, en septembre 1969, Wayne et Betty Pritchard se sont installés sur l’île de Vancouver, ils ont tout de suite remarqué un bosquet verdoyant émaillé de fleurs jaunes ressemblant à des pois. « C’était plutôt joli, et nous nous sommes dit qu’il nous en faudrait un pour notre jardin, se rappelle Wayne. Nous sommes allés à la pépinière et, bien entendu, on en vendait. Or, l’un des employés nous a conseillé de ne pas en acheter. »

Cet employé leur a expliqué que cette plante poussait rapidement et se répandait vigoureusement. « Il nous a dit qu’elle allait proliférer et s’étendre aux propriétés voisines. Nous avons donc tout de suite changé d’idée. »

Ce jour-là, les Pritchard ont renoncé au genêt à balais (Cytisus scoparius). Mais en 2000, il était déjà trop tard : « Il y en avait partout », s’exclame Wayne.

Le genêt à balais : de l’intérieur à l’extérieur

Originaire des régions européennes de la Méditerranée, le genêt à balais a été introduit sur l’île de Vancouver dans les années 1800 comme plante d’ornement. Aujourd’hui, elle continue de pousser sur l’île de Vancouver, dans les îles de la Reine-Charlotte et sur le territoire continental de la Colombie‑Britannique.

Sa prolifération n’a pas été accidentelle. Vendue dans les pépinières pendant de nombreuses années, cette plante a même été adoptée par le ministère des Transports de la Colombie-Britannique parce qu’elle permettait de stabiliser les berges grâce à sa profonde structure racinaire.

Or, on a eu tôt fait de constater que cette plante était plus un ennemi qu’un allié. Car le genêt à balais peut atteindre trois mètres de haut et se répandre rapidement à cause de ses graines et de la croissance de ses bourgeons latéraux.

« Cette plante constitue un problème dans les projets d’aménagement des milieux humides », affirme Sarah Nathan, spécialiste de la conservation de CIC, qui explique que cette plante pousse dans les terres hautes, où elle déloge les bosquets indigènes comme les ronces élégantes et les chèvrefeuilles à involucres, qui apportent tous deux de l’ombre et un couvert végétal aux oiseaux chanteurs.

Le genêt à balais peut aussi alimenter les feux de friches et limiter les déplacements de la faune emprisonnée sur le territoire et qui ne peut plus franchir les bosquets à cause de leur densité.

« Il y avait énormément d’espèces envahissantes ici en Colombie-Britannique; or, le genêt à balais est l’une des pires », précise Wayne Pritchard.

genêt à balais
Plutôt esthétique, le genêt à balais est un bosquet envahissant vigoureux, qui déloge les plantes indigènes et les jeunes conifères en les privant de leurs ressources. ©CIC

Une partie de la solution : l’admirateur devenu l’ennemi

Il y a une dizaine d’années, Wayne, qui était alors bénévole auprès de CIC et qui allait bientôt faire partie de son conseil d’administration, en a eu assez du genêt à balais. Il a commencé à organiser des journées d’intervention dans les milieux humides de CIC dans la localité.

Dans le cadre de cette activité annuelle, des bénévoles consacrent une journée, au début du printemps (avant que la plante produise ses graines), à arracher et à bêcher le genêt à balais. « C’est un travail vraiment difficile, mais nous avons eu du plaisir à le faire », lance-t-il. Ces activités sont commanditées par des entreprises et des succursales (comme celle de la Banque Royale du Canada et Cascade Recovery) locales, dont les employés participent aussi à l’arrachage du genêt à balais.

Leurs efforts portent fruit. Le personnel de la conservation a constaté un déclin du genêt à balais dans les projets d’aménagement des milieux humides de CIC dans le Sud-Est de l’île de Vancouver.

« En réunissant un groupe de 20 bénévoles enthousiastes, on peut éliminer une infestation en deux heures. Si je le faisais moi-même avec quelques collègues, il faudrait compter toute une journée », affirme Sarah Nathan.

« Les bénévoles sont absolument exceptionnels », dit-elle. Et c’est un bénévole en particulier qui donne ce grand coup de balai.

Il s’est écoulé presque 50 ans depuis le jour où Wayne Pritchard a pensé à planter le genêt à balais dans son jardin. Aujourd’hui, il est un des plus farouches ennemis de cette plante et n’a pas du tout l’intention de baisser les bras. A-t-on prévu une activité d’arrachage du genêt à balais en 2018? « Il ne reste plus qu’à fixer une date », conclut-il.