À la recherche des Keemen, des premiers bénévoles de CIC
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Récit
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Conservationniste

À la recherche des Keemen

Notre recherche des premiers bénévoles de CIC conduit à la découverte de l’un des premiers Keemen.

avril 18, 2018
Glen Michelson, 94 ans, se rappelle l’époque où il était Keeman de CIC; il a commencé à jouer ce rôle de bénévole en 1939.
Glen Michelson, 94 ans, se rappelle l’époque où il était Keeman de CIC; il a commencé à jouer ce rôle de bénévole en 1939. © CIC

« Vous voulez que je me déplace encore? »

Glen Michelson taquine le caméraman. Plusieurs personnes s’entassent dans son sous-sol de Lethbridge en Alberta : il y a aussi le producteur et un bon ami de Glen : Ron Montgomery.

C’est la quatrième fois qu’on demande à Glen Michelson de déplacer son fauteuil pour qu’il soit dans l’angle de la caméra. Mais ce n’est pas parce qu’il a 94 ans que cela le dérange. L’équipe de tournage tient à savoir comment se sont passées ces années comme Keeman bénévole de Canards Illimités. Glen Michelson est comme un poisson dans l’eau.

Les Keemen et les Keewomen ont été les yeux et les oreilles de CIC de 1938 à 1998. Ils recensaient les conditions de l’habitat, le nombre de représentants de la sauvagine et les projets potentiels de réaménagement des milieux humides de CIC. Leur mot d’ordre? Conservation, coopération et restauration! Ils ont été les premiers bénévoles conservationnistes de CIC et, pour ainsi dire, les premiers « citoyens scientifiques » du Canada.

À la fin de 2017, CIC a lancé un appel à tous à l’intention de ces bénévoles dans le cadre de son 80e anniversaire. Ron Montgomery a réagi en attirant l’attention sur Glen Michelson qui était, à son avis, un Keeman des premiers jours.

Glen et son frère aîné Ralph ont commencé à travailler comme Keemen de CIC en 1939.

Fred Sharp, le premier naturaliste de CIC, a recruté les frères Michelson dans les rangs des Keemen bénévoles de CIC.
Fred Sharp, le premier naturaliste de CIC, a recruté les frères Michelson dans les rangs des Keemen bénévoles de CIC. © CIC

Les deux frères sont nés près du village de Stirling sur la ferme familiale des Michelson, qui est aujourd’hui un lieu historique provincial. Ils ont passé leur petite enfance à capturer des rats musqués et des visons et à chasser les canards et les oiseaux des terres hautes des alentours du lac Stirling, aujourd’hui bien connu comme zone pour la faune et la sauvagine. Glen Michelson se rappelle le jour où, en 1939, Fred Sharp s’est présenté pour bavarder avec eux.

Fred Sharp a été le premier naturaliste de CIC. Une vieille photo en noir et blanc des archives de CIC nous montre un homme au regard vif et à la chevelure clairsemée dans un chandail de curling emblématique, avec des jumelles au cou. Il venait recruter les frères Michelson pour le nouveau corps de bénévoles de CIC : les Keemen. Les deux frères étaient des candidats parfaits, puisqu’ils étaient très attachés au territoire.

Pour une région comme le Sud de l’Alberta, où les sécheresses étaient fréquentes, les premiers projets de CIC destinés à capter le ruissellement des eaux printanières intéressaient les propriétaires fonciers de la localité. « Les agriculteurs accueillaient CIC à bras ouverts parce que pour eux, c’était de l’eau tombée du ciel, confie M. Michelson. Nous avons vraiment répandu la bonne nouvelle. »

Les éleveurs de la localité ont eu tôt fait de s’en remettre à ces nouvelles sources d’approvisionnement en eau pour leur bétail.

« Les projets de CIC ont vraiment permis d’assurer leur subsistance à l’époque », explique M. Michelson.

Glen Michelson est entré au service de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) à la fin des années 1940. C’est à Cambridge Bay, sur l’île Victoria dans le Nunavut, qu’il a d’abord été affecté comme jeune officier. Même dans la haute région de l’Arctique du Canada, il a continué d’envoyer ses rapports de Keeman à propos des espèces comme l’eider à tête grise. Il pouvait s’en approcher quand elles nichaient, dit-il, au point de « presque pouvoir les toucher ».

Après avoir brièvement travaillé pour la GRC, Glen Michelson est parti pour convoler en justes noces avec Betty Jo, la femme de sa vie. Il est devenu inspecteur et expert des empreintes digitales à la police de Lethbridge en 1950. Il y a rejoint Ralph, qui est ensuite devenu chef de police.

Grands, sympathiques et très sérieux, les frères Michelson formaient un duo du tonnerre, dans la police comme parmi les Keemen.

Glen et Ralph Michelson ont organisé, dans le Sud de l’Alberta, de nombreuses et fructueuses opérations de chasse à la sauvagine et aux oiseaux des terres hautes, notamment cette expédition de 1981 près de Foremost. Sur la photo, de gauche à droite : Ralph Michelson, Angus Gavin, ex directeur général de CIC, Fred Sharp et Glen Michelson.
Glen et Ralph Michelson ont organisé, dans le Sud de l’Alberta, de nombreuses et fructueuses opérations de chasse à la sauvagine et aux oiseaux des terres hautes, notamment cette expédition de 1981 près de Foremost. Sur la photo, de gauche à droite : Ralph Michelson, Angus Gavin, ex directeur général de CIC, Fred Sharp et Glen Michelson. © CIC

Ron Montgomery a été le directeur régional de CIC à Lethbridge de 1983 à 1998. C’est alors qu’il a fait connaissance avec Glen et Ralph. « Les Michelson connaissaient si bien le Sud de l’Alberta qu’on pouvait leur poser des questions sur n’importe quel habitat : ils connaissaient toujours l’histoire et les propriétaires fonciers, nous apprend Ron Montgomery. Ils étaient donc plus indispensables pour nous sur le terrain. »

Les frères Michelson étaient si passionnés que lorsque les éclosions de botulisme ont tué des milliers de canards pendant la période estivale, ils partaient avec un râtelier sur une remorque tirée par des chevaux et remplissaient la remorque de cadavres de canards ramassés dans le lac. Les deux frères Michelson faisaient aussi partie des responsables du financement de CIC dans la localité, fait observer Ron Montgomery.

« Ils assistaient aux événements, faisaient des dons et parlaient à tout le monde des banquets. Glen et les autres nous ont été très utiles quand il s’agissait de répandre la bonne nouvelle. »

Les deux frères ont également été les ambassadeurs internationaux de la communauté des chasseurs. Glen Michelson se rappelle affectueusement les nombreuses expéditions de chasse à la sauvagine et aux oiseaux des terres hautes que Ralph et lui ont organisées pour une pléiade d’administrateurs, de présidents et de donateurs de Canards Illimités, et même pour quelques agents du FBI qui, « de l’autre côté de la frontière », s’en remettaient à leurs instincts bien rodés. Car après tout, ils savaient où se trouvaient les canards.

« J’ai connu bien de bonnes années et rencontré bien de bons gars, lance Glen Michelson. Je continue de penser que c’était le bon vieux temps. »

Après la mort de son mari, la femme de l’un des chasseurs américains qui avait participé à une expédition de chasse dirigée par Glen Michelson lui a écrit pour le remercier. « Il lui a dit que c’était la meilleure expédition de chasse à laquelle il avait jamais participé », dit Glen Michelson.

Glen Michelson.
Glen Michelson. © CIC

Il faut compter un peu de temps pour préparer une entrevue à la caméra. Glen Michelson est heureux de parcourir les photos et de bavarder en attendant. Dès le début de l’entrevue, il répond aux questions, puis se met à raconter des anecdotes. Son regard s’illumine. Il pense à la belle époque et aux gens qu’il adorait fréquenter. De bons amis comme l’ancien directeur régional de CIC, « Monsieur Diyou » (DU), George Freeman, décédé l’automne dernier. C’était son frère. Il pense aux nombreux mauvais coups qu’il a faits (et dont il a gardé l’habitude).

Et il pense à un coin de pays exceptionnel, à 30 minutes au sud-est, enfoui sous la neige balayée par le vent. Mais bientôt, les oiseaux seront de retour à cet endroit — le lac Stirling — là où tout a commencé pour nos Keemen d’origine.

Niché dans les pâturages voisins, le lac Stirling a été massivement drainé pour l’agriculture dans les années 1950. CIC et les gouvernements partenaires ont stabilisé le lac en 1969. Une dizaine d’années plus tard, les mêmes partenaires ont mis au point un plan de gestion intégré pour assurer un ravitaillement en eau douce et apporter d’autres améliorations dans le cadre d’un projet polyvalent.

Quand des aménagements concurrents sont venus menacer le lac Stirling dans les années 1980, « Glen s’est battu becs et ongles pour nous », s’exclame Ron Montgomery.

Aujourd’hui, le lac et les terres hautes voisines offrent, sur 584 hectares, un précieux habitat pour la reproduction, la nidification et la mue de la sauvagine. Le territoire accueille aujourd’hui les oiseaux des terres hautes comme la perdrix de Hongrie, le faisan et le tétras à queue fine, ainsi que le cerf et d’autres représentants de la faune. Les visiteurs peuvent observer le marais à partir d’une plateforme et lire les panneaux indicateurs sur les nombreuses espèces sauvagines qu’on trouve sur les lieux.

En 1998, CIC a consacré le projet du lac Stirling à Glen et à Ralph, en lui donnant le nom de Marais des Michelson. Un monticule de pierres et une plaque de bronze commémorent leur contribution.

« J’ai toujours eu un faible pour Canards Illimités. Je crois que c’est une bonne équipe, qui fait œuvre utile pour les Canadiens, pour ce pays et pour les oiseaux », conclut Glen Michelson.

« Vous voulez que je me déplace?, plaisante Glen Michelson, une dernière fois.

Pour couronner la journée, on remet à M. Michelson un exemplaire de The Marsh Keepers Journey, livre publié pour souligner le 75e anniversaire de CIC. Ce livre comprend une dédicace personnelle de Karla Guyn, chef de la direction de CIC.

Ravi, il tourne les pages, avant de s’arrêter sur une photo qui montre des centaines de canards colverts qui prennent leur envol dans un marais des prairies.

Toujours aussi curieux comme scientifique citoyen, Glen Michelson pose une question : « Comment les oiseaux s’y prennent-ils pour éviter les collisions en volant alors qu’ils sont aussi nombreux? ».

On lui dit que les scientifiques de CIC répondront à sa question.

Car c’est le moins que puisse faire CIC pour ces premiers gardiens des marais. Nous avons nous aussi un faible pour lui.

A DUC Keewoman.
A DUC Keewoman. © CIC

Les premiers scientifiques citoyens de CIC

De 1938 jusqu’à la fin des années 1990, ces scientifiques citoyens ont participé à l’enrichissement des connaissances sur les tenants et les aboutissants de la météo, de l’eau et de la sauvagine. Leurs efforts ont amené un membre du personnel de CIC à leur adresser ce message en 1939 : « Quand on réunit tous vos rapports, on a comme jamais auparavant une meilleure idée des conditions de l’habitat de la sauvagine dans l’Ouest du Canada ».

Leurs efforts ont inspiré les rapports sur l’habitat que nous continuons de publier aujourd’hui.

Autres anecdotes

Les Prairies canadiennes ont été une corne d’abondance pour les anciens Keemen comme Glen Michelson. Bien des gens ont communiqué avec nous en apprenant, dans le quotidien de leur localité, que nous recherchions des anecdotes dans le cadre de notre 80e anniversaire. Permettez-nous de vous en présenter quelques-unes.

Don Lee.
Don Lee. © CIC

Don Lee – Hamiota (Manitoba)

Date d’entrée en fonction comme Keeman : 1982

Don Lee a commencé à travailler comme bénévole de CIC lorsqu’il s’est inscrit comme Keeman en 1982. Chaque année, au printemps et à l’automne, il faisait des tournées. Il surveillait un paysage émaillé de milieux humides des fondrières et de marécages sur lesquels comptent les canards pour se reproduire et nicher. Ces rapports ont été très utiles puisqu’ils ont permis de guider les efforts de CIC dans la restauration et la conservation des milieux humides de la région.

« Puisque nous avons passé notre petite enfance ici, nous savons où commencent et se terminent les plans d’eau, confie Don Lee. Nous avons été les yeux et les oreilles de CIC, qui n’a pas eu à parcourir tout le territoire. »

Depuis, il consacre d’innombrables heures comme bénévole de CIC et chef de file de la conservation dans sa collectivité. Il continue de partager avec sa famille sa passion du plein air.

Christine Pike.
Christine Pike. © CIC

Christine Pike – Waseca (Saskatchewan)

Date du début comme Keewoman : vers 1974

Elle avait l’habitude d’atteler son cheval et d’aller camper sous les étoiles. À la brunante, elle comptait les canards. Et dès l’aube, elle recommençait à les compter. Christine a été l’une des rares Keewomen de CIC. Ce rôle faisait appel à ses plus grandes passions : les chevaux, les canards et la protection de l’habitat naturel autour de chez elle. Animée de sa passion féroce pour le territoire, elle a travaillé comme bénévole à partir des années 1970 jusque dans les années 1990.

« Un neveu exceptionnel — qui était éleveur de bétail — m’a dit un jour : “Travailler avec le bétail, ce n’est pas travailler”. Alors je crois bien que compter les canards, pour moi, ce n’était pas du travail non plus. »

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