Miser sur les bienfaits de la nature pour lutter contre ses méfaits—CIC
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Récit
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Conservationniste, Eau, Grands Lacs — Saint-Laurent, Politiques

Miser sur les bienfaits de la nature pour lutter contre ses méfaits

Lueur d’espoir pour la qualité de l’eau menacée depuis longtemps dans le lac Érié, grâce à la collaboration dans la restauration des milieux humides

juillet 24, 2018
© CIC

Paul General, directeur de la faune pour le Territoire des Six Nations de la rivière Grand, était du nombre des représentants des huit communautés des Premières Nations représentées à l’occasion d’un atelier organisé en février par CIC. Grâce à cet atelier, les participants ont pu exprimer et échanger leurs points de vue sur les connaissances et l’expérience acquises dans la conservation des milieux humides du bassin versant du lac Érié et discuter de sujets comme les espèces envahissantes et la restauration de ces milieux humides.

Paul General fait partie de la plus grande communauté autochtone du Canada, qui s’en remet depuis des générations, pour sa subsistance, aux fonctions naturelles du bassin versant. La fonction qui compte le plus à ses yeux?

« L’eau est source de vie, dit-il. Sans eau, plus rien n’existe. »

Cette vérité vient muscler les efforts passionnés déployés pour mener l’Initiative du bassin versant du lac Érié (IBVLÉ) dans le cadre d’un projet collaboratif permanent consacré à améliorer la qualité de l’eau du lac Érié, qui est le plus septentrional, le moins profond et le plus petit en volume des Grands Lacs. C’est aussi le Grand Lac le plus vulnérable aux algues bleu-vert. Ces algues, qui se développent en réaction à l’excédent de nutriments, produit des toxines qui menacent les sources d’eau potable, les populations de poissons, la qualité des plages, les activités de loisirs du littoral et dans l’ensemble, la santé écologique du lac.

L’eau est source de vie, dit-il. Sans eau, plus rien n’existe. Paul General
© CIC L’eau est source de vie, dit-il. Sans eau, plus rien n’existe.

Dans la communauté scientifique, on s’entend généralement pour dire que le phosphore est le grand coupable dans la prolifération de ces algues, qui sèment la destruction sur leur passage : le phosphore déversé dans le lac provient d’un peu partout au Canada et aux États-Unis, notamment des champs agricoles sur lesquels on épand des engrais pour favoriser le développement des racines. La gravité du problème varie chaque année en fonction de nombreux facteurs; or, les années très humides comme 2017 sont particulièrement désastreuses, puisque les fortes pluies hâtives du printemps déversent plus de nutriments dans le lac Érié.

Mais si l’année 2017 a été exceptionnelle, c’est aussi parce qu’elle promettait de corriger les problèmes de qualité de l’eau du lac. Cette année-là, CIC a reçu un paiement de transfert de 1,3 million de dollars — dont la moitié a été versée par le ministère des Richesses naturelles et des Forêts de l’Ontario (MRNFO) et l’autre moitié par Infrastructure Canada — pour restaurer des habitats et réaménager des milieux humides dans le bassin versant du lac Érié. C’est un investissement qui témoigne de l’importance émergente des milieux humides pour améliorer la qualité de l’eau; il s’agit d’une tendance qui se généralise d’un océan à l’autre.

« C’est la première fois que le gouvernement fédéral verse des fonds pour des infrastructures vertes comme les milieux humides, ce qui compte beaucoup pour nous et pour d’autres organismes de conservation, lance Owen Steele, chef des programmes de conservation de CIC en Ontario. C’est dire toute l’importance que prend l’infrastructure verte dans les efforts menés pour corriger les problèmes aigus qui se répercutent sur la société. »

Depuis l’époque de la colonisation européenne, le sud-ouest de l’Ontario a perdu 90 % de ses milieux humides à cause de l’urbanisation et de l’intensification de l’agriculture, ce qui a accéléré le débit de l’eau et des nutriments transportés en aval, en plus de diminuer la qualité de nos eaux de surface et d’aggraver les problèmes de qualité de nos cours d’eau et de nos lacs.

À l’été 2017, les travaux de restauration allaient bon train dans ce petit projet de milieu humide situé sur une propriété agricole de 109,2 hectares à la lisière de la rivière Thames.
À l’été 2017, les travaux de restauration allaient bon train dans ce petit projet de milieu humide situé sur une propriété agricole de 109,2 hectares à la lisière de la rivière Thames. © CIC

Si le drainage et la dégradation des milieux humides ont contribué aux problèmes du lac Érié, la solution consiste peut-être à réaménager ces milieux humides. Les milieux humides ainsi réaménagés, en captant l’eau et en piégeant les nutriments avant qu’ils soient déversés dans le lac, représentent justement le type d’infrastructure verte idéale pour améliorer la qualité de l’eau du lac Érié.

En 2016/17, le gouvernement fédéral et le gouvernement de l’Ontario se sont consultés au sujet de l’élaboration du Plan d’action Canada-Ontario pour le lac Érié, qui vise à réduire de 40 % les concentrations de phosphore d’après les niveaux de 2008. Au printemps 2017, le MRNFO — en partenariat avec CIC et grâce au soutien financier complémentaire d’Infrastructure Canada — a accéléré la mise en oeuvre du Plan d’action en lançant l’IBVLÉ.

L’IBVLÉ est constituée d’une série de travaux de réaménagement des milieux humides et de conservation et de nouveaux projets de restauration des milieux humides, tous menés par CIC. Ce partenariat répond largement aux attentes : on a en effet réalisé 75 nouveaux projets et a réaménagé 17 milieux humides dans le bassin du lac Érié. La plupart de ces nouveaux projets portent sur de modestes milieux humides du domaine privé, qui permettent de capter le ruissellement des eaux agricoles provenant des champs et des caniveaux voisins. Grâce à ces milieux humides, on peut réduire la concentration des nutriments, améliorer la qualité de l’eau, tempérer les inondations et contribuer à la résilience du climat. La liste des bienfaits ne cesse de s’allonger. Au printemps, les milieux humides assurent également l’habitat essentiel des couples reproducteurs de sauvagine.

« Nous sommes vraiment heureux des travaux menés par CIC et par les autres collaborateurs avec qui nous avons travaillé dans le Plan d’action Canada-Ontario pour le lac Érié, lance David Copplestone, conseiller en politiques auprès du MRNFO. Grâce à cet investissement plus massif, CIC a pu rapidement accroître le nombre de projets réalisés cette année, ce qui est absolument exceptionnel. »

Richard Wyma, directeur général et secrétaire-trésorier de l’Office de protection de la nature de la région d’Essex, en sait long, d’un point de vue professionnel et personnel, sur les bienfaits des milieux humides pour la qualité de l’eau, l’infrastructure verte et la salubrité du bassin versant. Depuis plusieurs années, l’organisme de conservation qu’il dirige collabore avec CIC à différents projets de restauration des milieux humides dans une écozone habitée par 25 % de la population du Canada — et qui réunit la plus grande diversité d’espèces fauniques dans ce pays.

« Il s’agit d’une région naturelle d’une importance prodigieuse, qui a été durement éprouvée, au fil des ans, par l’urbanisation et l’industrialisation, et il appartient à chacun de la protéger », affirme Richard Wyma.

C’est pourquoi il a réservé l’an dernier 0,6 hectare de son domaine de quatre hectares pour permettre à CIC d’y aménager un milieu humide peu profond, à une soixantaine de mètres de sa maison, qui lui rappelle sa petite enfance passée dans la nature. Depuis sa fenêtre, il observe le spectacle des canards, des bernaches et des cormorans qui se posent élégamment sur l’eau et des dindons sauvages et des chevreuils qui se nourrissent de foin plat et de scirpe sur les rives du lac. « Je ne peux pas demander mieux : je peux observer les oiseaux et la faune sur mon domaine et voir mon fils grandir dans un lieu où il peut apprendre la nature, ce qui est un rare privilège pour les enfants de son âge. »

Pour Paul General, ces progrès sont encourageants, malgré l’ironie du sort : « Pour un représentant des Premières Nations, faire attention à la nature est une évidence même. L’eau, c’est la vie. ».

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