Sitôt piégés, sitôt libres - Canards Illimités Canada
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Récit
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Conservationniste, Faune, Science

Sitôt piégés, sitôt libres

Une station de baguage d’oiseaux chanteurs non loin du siège social de Canards Illimités Canada accueille une fraction des milliers d’oiseaux chanteurs migrateurs qui viennent régulièrement nicher, se nourrir et séjourner, au printemps et à l’automne chaque année, dans le milieu humide environnant.

décembre 30, 2019
Éclairée par les premiers rayons de soleil du matin, cette paruline obscure a été captée pendant une séance de baguage des oiseaux chanteurs en septembre.
Éclairée par les premiers rayons de soleil du matin, cette paruline obscure a été captée pendant une séance de baguage des oiseaux chanteurs en septembre. © CIC

Je suis assis dans une cabane baignée de soleil, l’objectif de ma caméra fixé sur un frêle oiseau jaune. Il la lève délicatement dans la lumière, et les photos que je capte sont si intimes et précises que j’arrive même à voir mon image dans l’œil d’encre noir de l’oiseau.

C’est une rencontre que n’importe quel fervent de l’ornithologie attend patiemment : ni moustiques, ni jumelles, ni besoin de se désempêtrer des broussailles. Une éblouissante paruline jaune mâle, si merveilleuse à admirer et à observer de si près, est une merveille de l’art et du génie aviaire.

Des anneaux en aluminium légers sont posés sur chaque oiseau pris dans le filet. Il est rare qu’on rattrape les mêmes oiseaux l’année suivante; or, au début de l’automne, on a attrapé une paruline masquée qui portait une bague posée en 2015 dans le marais Oak Hammock.
Des anneaux en aluminium légers sont posés sur chaque oiseau pris dans le filet. Il est rare qu’on rattrape les mêmes oiseaux l’année suivante; or, au début de l’automne, on a attrapé une paruline masquée qui portait une bague posée en 2015 dans le marais Oak Hammock. © CIC

Au marais Oak Hammock dans le Manitoba, les bagueurs attrapent, pendant la migration du printemps et de l’automne, toutes sortes d’oiseaux chanteurs — représentant un record de 60 espèces cette année—qui s’arrêtent pour butiner et se nourrir dans les franges peuplées de saules de ce milieu humide. Ils déploient leurs filets japonais, dont le treillis est si finement tricoté que les oiseaux qui tournoient sont délicatement emprisonnés comme des mouches dans une toile d’araignée. Ils sont minutieusement extraits, déposés dans de petits sacs de coton, et une fois dans la cabane, on les scrute de près pour en établir l’âge, le sexe et le statut de reproduction. Certains oiseaux ripostent et piquent leurs ravisseurs de vifs coups de bec. Hormis les carouges qui se débattent et mordent, la plupart gardent le silence et obéissent.

Un bruyant mâle goglu des prés punit ses ravisseurs en attendant d’être libéré. Inscrit dans la liste des espèces préoccupantes dans certaines régions du Canada, le goglu des prés niche dans les champs et les terres hautes des alentours du marais Oak Hammock et dans d’autres milieux humides aménagés par CIC.
Un bruyant mâle goglu des prés punit ses ravisseurs en attendant d’être libéré. Inscrit dans la liste des espèces préoccupantes dans certaines régions du Canada, le goglu des prés niche dans les champs et les terres hautes des alentours du marais Oak Hammock et dans d’autres milieux humides aménagés par CIC. © CIC

Avec une précision chirurgicale, un petit anneau en aluminium est placé sur la patte de chaque oiseau. Le moment tant attendu arrive enfin : une seconde ou deux en plein soleil lorsque la paruline s’érige comme un trophée. C’est ce qu’on appelle la « prise du photographe » — et je me m’incline. Pour le photographe, c’est un moment de gloire. Pour l’amateur d’oiseaux, c’est un moment à couper le souffle.

Arborant les motifs et les coloris flamboyants de leur plumage de reproduction du printemps, les oiseaux attrapés en mai et en juin se parent pour impressionner la galerie. Quatre des 60 espèces attrapées et baguées en 2019 comprennent (dans le sens des aiguilles d’une montre) l’oriole de Baltimore, le moqueur chat, la paruline jaune et le bruant des marais.
Arborant les motifs et les coloris flamboyants de leur plumage de reproduction du printemps, les oiseaux attrapés en mai et en juin se parent pour impressionner la galerie. Quatre des 60 espèces attrapées et baguées en 2019 comprennent (dans le sens des aiguilles d’une montre) l’oriole de Baltimore, le moqueur chat, la paruline jaune et le bruant des marais. © CIC

La paruline est déposée dans une petite enveloppe et pesée sur une balance. On enregistre les données dans un journal et on libère l’oiseau dans la nature. Il s’affranchit de la captivité et se pose un court instant sur un saule tout proche pour reprendre ses esprits. La paruline renoue avec la vie normale, et j’attends le prochain tour.

Dans un moment de sérénité, le troglodyte des marais ferme les yeux et s’apprête à décoller. Fidèle au nom qu’il porte, il prospère dans les milieux humides un peu partout au Canada. Il vocifère des jacassements qui font écho au concert du marécage.
Dans un moment de sérénité, le troglodyte des marais ferme les yeux et s’apprête à décoller. Fidèle au nom qu’il porte, il prospère dans les milieux humides un peu partout au Canada. Il vocifère des jacassements qui font écho au concert du marécage. © CIC