Sonder les profondeurs des tourbières du Canada, au nombre des plus vastes réservoirs de carbone dans le monde

Une étude permet de quantifier l’aide apportée par la forêt boréale dans la lutte contre le changement climatique

©CIC

Le débat sur le changement climatique porte souvent sur le dioxyde de carbone libéré dans l’atmosphère. On entend moins parler des réservoirs de carbone, qui emmagasinent plus de carbone qu’ils n’en libèrent.

La forêt tropicale humide amazonienne et le plancton océanique sont d’importants réservoirs de carbone. Or, certains réservoirs moins connus et de plus en plus importants captent l’attention des scientifiques : il s’agit des milieux humides de la forêt boréale du Canada.

Les scientifiques mènent des études pour quantifier le potentiel des tourbières dans le stockage du carbone. Il s’agit des systèmes de milieux humides constitués de bogs et de fens. La Commission géologique du Canada affirme que la tourbe des milieux humides canadiens emmagasine près de 60 % de la totalité du carbone capté dans les sols d’un océan à l’autre.

« On peut dire que les milieux humides emmagasinent depuis des millénaires des matières organiques accumulées dont le taux de décomposition est très lent, nous apprend Alain Richard, chef des partenariats dans la conservation de la forêt boréale de CIC. C’est pourquoi il s’accumule plus de carbone qu’il s’en décompose, et par conséquent, ces types de milieux humides emmagasinent plus de carbone qu’ils n’en libèrent. »

Les milieux humides atteignent de 40 centimètres à plusieurs mètres de profondeur. On en trouve à différents endroits, notamment dans les zones de permagel, qui restent gelées toute l’année.

« Quand les systèmes de tourbières restent humides, froids ou gelés, ils réduisent en fait le rythme de la décomposition organique, ce qui leur permet d’emmagasiner chaque année plus de carbone qu’ils n’en lobèrent; c’est ainsi que ces tourbières deviennent des réservoirs de carbone, précise M. Richard. Or, si les tourbières commencent à s’assécher ou que le permagel commence à fondre, ces systèmes sont vulnérables, puisqu’ils peuvent représenter une source de carbone, qu’ils rejettent dans l’atmosphère avec d’autres gaz à effet de serre. »

Les gestionnaires de la forêt : une vue d’ensemble

Il faut absolument que les gestionnaires du territoire sachent comment les arbres et les sols emmagasinent le carbone. « Il existe aujourd’hui des méthodes et des outils bien établis pour mesurer le carbone dans les forêts des terres hautes. Ces types de forêts sèches sont étudiés depuis des dizaines d’années, nous apprend Mark Johnston, chercheur scientifique principal au Conseil de recherche de la Saskatchewan. Par comparaison, nous en savons beaucoup moins sur les quantités de carbone dans les milieux humides, là où les arbres sont rabougris et où des pans entiers du territoire sont saturés d’eau et difficiles à parcourir. »

Une initiative triennale menée par le Conseil de la recherche de la Saskatchewan en collaboration avec les responsables du Programme de la forêt boréale de CIC, de l’Initiative de foresterie durable, de la Louisiana-Pacific Canada Ltd. et de la Spruce Products Ltd. visent à mettre au point des méthodes pratiques pour quantifier le carbone capté dans les forêts boréales des terres hautes et dans les milieux humides.

Les gestionnaires de la forêt adoptent aujourd’hui un point de vue plus global de leur territoire, en s’inspirant des écosystèmes. Ils doivent établir des liens entre les milieux humides et les terres hautes et se demander en quoi les activités de foresterie peuvent influer sur les valeurs et les fonctions des milieux humides, par exemple le stockage du carbone, selon M. Johnston.

L’objectif du projet consiste à mettre au point un protocole simplifié dont les professionnels de la foresterie pourront s’inspirer pour établir des estimations crédibles du carbone stocké dans les milieux humides. Ces travaux consistent notamment à mener des essais sur le terrain avec la Louisiana-Pacific Canada Ltd. et la Spruce Products Ltd. près de Swan River, au Manitoba. Les travaux sur le terrain ont été lancés l’été dernier : des travailleurs s’occupent de relever la profondeur de la tourbe.

L’Initiative de foresterie durable finance le projet dans le cadre de son Programme de subventions de conservation. La Louisiana-Pacific et la Spruce Products donnent accès aux secteurs forestiers qu’elles gèrent et aux ressources qu’elles y exploitent. Canards Illimités Canada, qui a cartographié les milieux humides dans les secteurs à l’étude, s’est inspiré de cette information pour sélectionner les points d’échantillonnage des milieux humides pour cette étude. Ce travail de cartographie des milieux humides permet d’enregistrer le type et la densité de la végétation et de recenser différents types de milieux humides, dont ceux qui ont des dépôts de tourbe profonds. On pourra ainsi estimer et cartographier plus fidèlement les puits de carbone des milieux humides de la forêt boréale.

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