Terrebonne : Des villes qui se développent au rythme de la nature
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Récit
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Milieux humides

Terrebonne : Des villes qui se développent au rythme de la nature

La Ville de Terrebonne, au Québec, prouve que la croissance n’a pas à se faire au détriment de la conservation

octobre 03, 2018
Réjean Dumas (à gauche) et Marc Léger montrent une image représentant ce paysage avant que CIC et ses partenaires interviennent pour le restaurer.
Réjean Dumas (à gauche) et Marc Léger montrent une image représentant ce paysage avant que CIC et ses partenaires interviennent pour le restaurer. © CIC

« Il y a encore beaucoup de travail à accomplir, s’exclame Marc Léger en parcourant un vaste milieu humide que Canards Illimités est en train de restaurer dans le corridor vert du ruisseau de Feu.

Non loin de là, un carouge à épaulettes vole de quenouille en quenouille, pendant que les autres résidents et les oiseaux chanteurs du marais s’occupent de la trame sonore.

Marc Léger est le directeur de l’environnement de la Ville de Terrebonne au Québec. Il décrit avec enthousiasme les plans de la Ville d’investir environ deux millions de dollars dans l’infrastructure du site, non loin de son principal atout : le vaste milieu humide qui s’étend sous ses yeux.

« L’objectif consiste à aménager une promenade, une tour d’observation et une petite plateforme à l’automne 2018 et au printemps 2019 », explique-t-il. La Ville envisage également d’y aménager un centre d’interprétation dans les trois à cinq prochaines années, « ce qui permettra de comprendre et d’apprécier l’importance des milieux humides et des zones naturelles ».

Ce centre permettrait d’attirer l’attention sur les attraits du lieu; entre autres, le ruisseau de Feu héberge environ 150 espèces fauniques. Les milieux humides atténuent l’impact des fortes intempéries, filtrent l’eau et permettent à la population de refaire le plein d’énergie dans la nature.

« L’environnement est de plus en plus important, non seulement pour la population, mais aussi pour la qualité de vie », explique Marc Léger.

La Ville de Terrebonne a de grands projets pour le ruisseau de Feu. Or, il n’y a pas si longtemps, rien de tout cela n’aurait été envisageable. Avant 2007, cette région naturelle, telle qu’on la connaît aujourd’hui, n’existait pas.

Le ruisseau de Feu héberge environ 150 espèces fauniques
Le ruisseau de Feu héberge environ 150 espèces fauniques © CIC

Terrebonne

Terrebonne est une ville en plein essor de 115 000 âmes, située juste au nord de l’île de Montréal. À l’origine, la partie est de Terrebonne, connue sous le nom de Lachenaie, était une communauté agricole. Mais ces dernières années, elle a connu un fulgurant essor : la plupart de ces exploitations agricoles ont cédé la place à des maisons, à des immeubles en copropriété et à des magasins-entrepôts tout neufs.

« Terrebonne a explosé dans les 15 dernières années. C’est prodigieux », lance Marc Léger.

Durant sa période de croissance la plus active (de 2006 à 2011), le nombre d’habitants de cette ville a augmenté de 12,3 %, ce qui représente plus du double de la moyenne nationale.

Ce qui fait la grande popularité de Terrebonne, c’est en partie la proximité du deuxième grand centre urbain du Canada. « Terrebonne est l’une des seules villes qui offrent toujours une vaste superficie à aménager sur la Rive-Nord de Montréal », explique Marc Léger.

Or, dans les années 2000, le lopin de terre non loin de l’autoroute 40, aujourd’hui connu sous le nom de « corridor vert du ruisseau de Feu », était, semble-t-il, appelé à être victime de cette vague d’étalement urbain.

Pour l’œil peu habitué, la propriété était rebutante. Une photo prise au printemps de 1997 montre des champs boueux, bordés de tiges rabougries de maïs.

Or, certains ont su voir au-delà des apparences et imaginer ce que la propriété pourrait devenir. Le personnel de CIC a fait preuve de clairvoyance. Et il en a aidé d’autres, comme Maria Romano, à en faire autant.

« Les travaux de conservation qui se sont déroulés ici n’auraient pu être réalisés sans Madame Romano. C’est elle, la bougie d’allu-mage », affirme André Michaud, spécialiste de la conservation de CIC.

Sandrine Brindejonc habite en face de la route du ruisseau de Feu, devant le milieu humide principal.
Sandrine Brindejonc habite en face de la route du ruisseau de Feu, devant le milieu humide principal. © CIC

La bougie d’allumage

Maria Romano est une femme d’affaires trilingue qui est propriétaire d’une entreprise de fabrication de meubles à Montréal. Elle a bâti son entreprise à partir de zéro avec son regretté mari Gino. En plus d’être un ébéniste aguerri, Gino était un amant de la nature. Des dizaines d’années avant que la vague de promotion immobilière déferle sur Terrebonne, Gino se rendait ici pour chasser le gibier à plume sur les terres agricoles non loin de l’autoroute 40.

« Gino a noué des liens avec l’agriculteur, explique-t-elle. Ils sont devenus amis. Quand l’heure de la retraite a sonné pour cet agriculteur, Gino a communiqué avec lui. »

Gino s’est porté acquéreur du terrain, afin de transformer les champs de maïs et de soja sur lesquels il avait fait des expéditions de chasse, pour aménager un parcours de golf qui attirerait des légions de Montréalais. Mais, il est décédé en 1994, ce qui a mis ses projets en veilleuse. « Gino n’était plus de ce monde, et je n’allais certes pas construire un parcours de golf, précise-t-elle. Nous nous sommes dit que cette propriété devait bien avoir une autre vocation. »

Et elle avait raison.

CIC l’a pressentie pour savoir si elle était disposée à faire don de sa propriété — évaluée à près d’un million de dollars — pour qu’on puisse la restaurer et la préserver. Elle a décidé qu’il pourrait s’agir d’un juste tribut à son défunt mari. Avec la propriété donnée à la Ville de Terrebonne par un promoteur local, Héritage Terrebonne, la superficie du terrain préservé totalisait 100 hectares.

Après avoir obtenu ce terrain, CIC et son partenaire dans la restauration, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFPQ), ont travaillé de concert pour améliorer le secteur, en collaboration avec la Ville de Terrebonne et d’autres partenaires et grâce au financement apporté dans le cadre de la North American Wetland Conservation Act et par Ducks Unlimited, Inc.

« C’est magnifique »

Les biologistes et les ingénieurs de CIC et du gouvernement du Québec ont construit une digue avec de la machinerie lourde pour aménager deux milieux humides et ont installé des ouvrages de régulation de l’eau afin de la conserver sur le terrain. CIC a installé une passe à poissons, grâce à laquelle les espèces de poissons indigènes comme la perchaude, le grand brochet et la barbotte ont accès aux milieux humides pour frayer. Le MFFPQ et ses partenaires ont planté plus de 30 000 arbres, qui constituent aujourd’hui un couvert forestier modeste, mais spectaculaire au ruisseau de Feu.

Réjean Dumas, biologiste au MFFPQ, participe à ce projet depuis le début : il effectue des recensements de la faune et participe à pied d’œuvre aux travaux de restauration. Il affirme qu’environ 70 espèces d’oiseaux nichent au ruisseau de Feu et que de nombreuses autres espèces s’y arrêtent pour se ravitailler pendant la migration.

Les oiseaux ne sont pas les seuls à profiter des milieux humides du ruisseau de Feu. « Quand  nous avons commencé nos premiers relevés, nous avons dénombré 20 espèces de poissons. Il y en a aujourd’hui 35 », lance Réjean Dumas.

Madame Romano est heureuse de sa décision.

« Je ne suis pas une spécialiste des animaux, mais on m’a dit qu’ils adorent vraiment ce lieu. Et c’est magnifique. C’est vraiment un atout pour la région », s’exclame-t-elle.

La tour d’observation qui sera construite au ruisseau de Feu permettra d’admirer les 360° du panorama, dont ce milieu humide principal, restauré par CIC et ses partenaires.
La tour d’observation qui sera construite au ruisseau de Feu permettra d’admirer les 360° du panorama, dont ce milieu humide principal, restauré par CIC et ses partenaires. © CIC

Ouvrir la voie à d’autres travaux de conservation

Au ruisseau de Feu, Marc Léger nous apprend que la Ville de Terrebonne ne peut pas investir l’argent des contribuables dans un lieu qui est réservé à la faune : il faut que ce lieu attire les résidents.

« L’environnement… ne peut pas être inaccessible. La population doit en profiter. Il faut qu’il enrichisse leur existence », affirme Marc Léger.

Déjà, les ornithologues et les résidents d’une collectivité toute proche ont commencé à visiter le site. Lorsque l’infrastructure sera installée, Marc Léger s’attend à une augmentation du nombre de visiteurs.

« C’est une ressource communautaire », dit-il. Et d’autres ressources comme celle-ci se multiplient à Terrebonne.

Dans les dernières années, la Ville a investi plus de 70 millions de dollars dans l’acquisition de 516 hectares de terrain à préserver pour la faune et les résidents à Urbanova, l’un des plus vastes quartiers durables au Canada, dans l’Ouest de la Ville.

« Il y en aura toujours pour dire que c’est beaucoup trop d’argent, explique Marc Léger. Pourtant, construire un viaduc coûte 40 millions de dollars. Ce que nous disons toujours, c’est que la nature est aussi importante à long terme que ces passerelles. »

Même si Marc Léger est aujourd’hui loin d’être seul à penser ainsi, surtout dans une ville aussi clairvoyante que Terrebonne, il y a, d’après lui, « encore beaucoup de travail à accomplir ».

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