Une mobilisation unique pour protéger l’étonnant écosystème du marais de la Digue-aux-Aigrettes — Ducks Unlimited Canada
Skip to main content
Récit
/
Milieux humides, Partenariats

Une mobilisation unique pour protéger l’étonnant écosystème du marais de la Digue-aux-Aigrettes

L'écosystème hors du commun se situe au cœur de la réserve nationale de faune du lac Saint-François.

novembre 23, 2020
Tortue serpentine.
Tortue serpentine. © Lyne-Bouthillier, Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

À la fin de l’automne, au cœur de la réserve nationale de faune du lac Saint-François, le marais de la Digue-aux-Aigrettes prend des allures de refuge. Si, de l’extérieur, la vie semble prendre une pause, le fond du marais, lui, est bel et bien habité. Tortues, reptiles, amphibiens d’une impressionnante diversité s’y installent. Nichés au fond du marais, ils hibernent. Pas question de les déranger! Comment entreprendre un chantier de construction dans le secteur sans les perturber pendant ce long sommeil? Canards Illimités Canada (CIC) et Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) ont relevé le défi.

Vue aérienne.
Vue aérienne. © DUC

Un milieu d’exception

En bordure sud du lac Saint-François, au sud-ouest du Québec, aux limites des États-Unis et de l’Ontario, se trouve la réserve nationale de faune du lac Saint-François, un joyau de biodiversité reconnu comme zone humide d’importance internationale en vertu de la Convention de Ramsar. En son cœur se trouve le marais de la Digue-aux-Aigrettes. Un milieu d’une richesse exceptionnelle.

En 2018, la digue et le dispositif de contrôle du niveau d’eau de ce marais arrivent en fin de vie utile. ECCC, propriétaire du site, confie à CIC, son partenaire de longue date, le mandat de les restaurer. Un projet de 1,5 M$, financé par CIC et ECCC et des partenaires du Plan nord-américain de gestion de la sauvagine. CIC est en terrain connu, ayant construit les installations initiales 35 ans plus tôt.

Le défi est tout de même colossal. Pourquoi? Parce que le secteur abrite des végétaux et des animaux à statut précaire. « La présence d’espèces protégées implique que les travaux respectent un cahier de charges très exigeant, explique Mark Gloutney, directeur régional des opérations pour l’est du Canada et la Colombie-Britannique, à CIC. Nous devions démontrer que nous pouvions les protéger. Il a fallu plusieurs mois pour en arriver à une solution. »

Échéancier, modalités de construction, budget… « Tout était calculé pour minimiser les répercussions sur l’environnement et la faune », affirme Charles Clavet, spécialiste en planification des aires protégées, à ECCC.

La présence d’espèces protégées implique que les travaux respectent un cahier de charges très exigeant. Nous devions démontrer que nous pouvions les protéger. Il a fallu plusieurs mois pour en arriver à une solution.

Mark Gloutney

La structure de contrôle d’eau est faite de plastique haute densité.
La structure de contrôle d’eau est faite de plastique haute densité. © CIC

S.V.P., ne pas déranger!

La meilleure période pour intervenir en milieu humide avec de la machinerie? L’hiver. « Il y a alors une meilleure portance pour les équipements, ce qui évite d’endommager le milieu. Les risques de nuire à la faune sont les plus faibles ; la migration des oiseaux est terminée tandis que les amphibiens et reptiles sont immobiles, captifs du milieu aquatique », explique Charles Clavet.

Le hic : c’est aussi à ce moment que certaines espèces animales, notamment des tortues, s’installent au fond du marais, à proximité de la berge, pour la saison froide. « Leur cœur bat au ralenti, à peine deux ou trois pulsations par minute, indique Sylvain Giguère, biologiste spécialisé dans le rétablissement des espèces en péril, à ECCC. En cas de danger, impossible de s’enfuir. »

Il fallait donc prévoir le coup. « À la fin de l’été 2019, on a installé des clôtures d’exclusion pour éviter que des tortues utilisent les aires de travail pour hiberner », raconte M. Gloutney. Une solution ingénieuse qui a permis aux équipes d’œuvrer sans leur nuire.

L’ajout d’une géomembrane dans la digue limite le phénomène de percolation et en augmente la durée de vie
L’ajout d’une géomembrane dans la digue limite le phénomène de percolation et en augmente la durée de vie © DUC

Une vision à long terme

L’occasion était idéale pour doter le site d’installations modernes, plus durables. L’ajout d’une géomembrane dans la digue limite le phénomène de percolation et en augmente la durée de vie. La structure de contrôle d’eau est faite de plastique haute densité.

Il y a plus. Les équipes ont aménagé des emplacements favorables à la ponte des tortues, plus sécuritaires que les bordures de route, où elles ont la fâcheuse tendance à se rendre, au péril de leur vie. « Quand on sait que les prédateurs sont friands de leurs œufs, on comprend que très peu deviendront adultes et que la santé de ces populations repose sur la longévité des femelles. La mortalité routière leur est particulièrement dommageable, souligne M. Giguère. Le projet aura donc été bénéfique pour elles. »

 

Le produit final à la hauteur de la valeur de ce site exceptionnel pour la faune et les visiteurs. 
Le produit final à la hauteur de la valeur de ce site exceptionnel pour la faune et les visiteurs.  © CIC

Partenaires de longue date

Forts d’une collaboration qui dure depuis 40 ans, CIC et ECCC partagent une vision commune de la conservation des milieux humides. « La complicité qui s’est établie entre nos équipes a beaucoup simplifié les choses, malgré la complexité du projet, soutient Charles Clavet. Nous avions la même compréhension des enjeux et le but commun de travailler sans compromettre l’environnement pour obtenir un produit final à la hauteur de la valeur de ce site exceptionnel pour la faune et les visiteurs. »

Le marais de la Digue-aux-Aigrettes : un concentré de vie

Ornithologues et amants de la nature sont nombreux à connaître le sentier de la Digue-aux-Aigrettes. Ils y convergent au rythme des grandes migrations et tout au long de l’été pour y observer la vie sous toutes ses formes.

Le marais de Canards Illimités Canada offre un bel exemple d’aménagement réalisé par l’homme au service de la biodiversité. Sur 3,7 kilomètres de sentier agrémenté de passerelles et de belvédères, les promeneurs peuvent observer un foisonnement d’espèces végétales aux formes et aux couleurs variées et faire connaissance avec les habitants du secteur :

  • Canards, dont le fuligule à tête rouge, le canard branchu et de multiples espèces de canards de surface
  • Hérons et autres ardéidés, comme le grand héron, la grande aigrette, le bihoreau gris, le héron vert, le petit blongios
  • Tortues, amphibiens et reptiles

Cet écosystème hors du commun se situe au cœur de la réserve nationale de faune du lac Saint-François. Créée par le gouvernement du Canada en 1978 pour préserver un ensemble unique de milieux humides, elle abrite 546 espèces végétales et 287 espèces animales, dont 15 sont protégées en vertu de la Loi sur les espèces en péril.

LES RÉSERVES NATIONALES DE FAUNE (RNF)

CIC modernise les digues et les structures de contrôle des eaux et gérera conjointement les zones humides afin d'assurer un habitat de qualité aux oiseaux migrateurs, y compris les oiseaux aquatiques, les espèces en danger et d'autres espèces sauvages dans d'autres réserves nationales de faune dans tout le pays.

En savoir plus