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Quand il n’est plus rentable de réparer : repenser les terres peu productives

février 09, 2026 Manitoba
Quand il n’est plus rentable de réparer : repenser les terres peu productives
Zones agricoles marginales situées près de Rapid City, au Manitoba.

Les gens du milieu agricole et les scientifiques proposent une solution simple pour les parcelles non rentables

Des chercheurs ont constaté que 20 % des terres cultivées d’une exploitation agricole moyenne des Prairies ne sont pas rentables, 8 % d’entre elles restant non rentables au même endroit, année après année. Une solution qui a fait ses preuves sur le terrain consiste à planter des fourrages vivaces.

« Nous savions que ces zones nécessitaient une approche différente », explique Keith Vanbeselaere, aujourd’hui en semi-retraite après avoir exploité une ferme avec son épouse Lisa près de Medora, dans le Manitoba. « Le long des emprises routières ou dans les zones salines, nous avons toujours semé ces parcelles en fourrage sans chercher à les labourer, parce qu’aussitôt qu’on le fait, elles reviennent à leur état de départ. »

M. Vanbeselaere indique qu’il utilise depuis quarante ans des cultures fourragères pour réhabiliter les sols pauvres et assurer une couverture végétale essentielle; une pratique qu’il a apprise lorsqu’il exploitait la ferme avec son père. Plus récemment, après avoir acquis une nouvelle demi-section pour Vanbeselaere Farms, il a ensemencé certaines parcelles pour le fourrage.

« Il fallait qu’on trouve une solution pour ces zones qui ne produisaient rien, explique-t-il. Nous avons pu utiliser le foin que nous avions récolté, parce que nous avons du bétail. C’était donc la chose logique à faire. »

Les terres marginales constituent un problème chronique dans les Prairies, coûtant au monde agricole des millions de dollars en pertes de revenus et en coûts d’intrants gaspillés. Selon le Prairie Precision Sustainability Network (PPSN), pour chaque quart de section, 5,3 hectares restent systématiquement improductifs malgré l’utilisation d’engrais et de produits phytosanitaires et une gestion rigoureuse.

« Les agriculteurs perdent en moyenne environ 168 $ par hectare lorsqu’ils tentent de faire pousser des cultures annuelles sur des terres marginales », explique Sam Robinson, chercheur en agriculture durable chez Canards Illimités Canada (CIC). « Par contre, les fourrages vivaces peuvent atténuer les effets de la salinité et du kochia sur les terres peu productives. Cela permet de régénérer le sol, de réduire les coûts liés au gaspillage des intrants et de produire du fourrage destiné à l’alimentation du bétail, qu’on peut utiliser ou vendre. »

D’après le guide Cost of Production du ministère de l’Agriculture du Manitoba, les agriculteurs et agricultrices qui ensemencent du canola dans un sol extrêmement salin peuvent perdre plus de 988 $ par hectare, compte tenu des coûts des intrants et de la baisse des rendements. À elles seules, les dépenses en engrais s’élèvent à environ 321 $ par hectare, et avec un seuil de rentabilité de 79 boisseaux par hectare pour le canola, les dépenses dépassent rapidement les bénéfices si la terre ne produit pas des rendements réguliers.

« Même un sol légèrement salin réduit pratiquement à néant tout rendement du canola ou du blé que vous cultivez sur ces terres », fait remarquer Jenai Buchanan, spécialiste des zones marginales au bureau de CIC à Brandon. « Et si vos terres marginales sont envahies par les mauvaises herbes, cela nécessite aussi une approche spécialisée. Il est prouvé que les fourrages vivaces étouffent le kochia et d’autres mauvaises herbes. »

Face à la résistance croissante du kochia aux herbicides, les agriculteurs et agricultrices utilisent de plus en plus la lutte chimique, tout en obtenant de moins en moins de résultats. « La meilleure solution consiste à mettre en place une couverture végétale permanente capable de concurrencer les mauvaises herbes. Nous constatons que c’est une approche efficace à long terme », explique M. Robinson, qui participe actuellement à un projet de recherche de 7,6 M$ visant à identifier des pratiques agricoles durables, rentables et productives.

Selon M. Robinson, les fourrages à racines profondes et tolérants au sel atténuent également l’impact de la salinité. Les racines des plantes interceptent l’eau chargée en sel avant qu’elle n’atteigne la surface du sol, ce qui réduit la salinité dans la zone immédiate et contribue à empêcher le problème de s’étendre.

« Les zones salines peuvent aussi produire une quantité étonnamment importante de fourrage, note M. Robinson. Une étude menée dans le Dakota du Nord a révélé que les zones nues et salines peuvent produire du fourrage à un rendement qui équivaut à environ 50 % de celui des zones non salines en l’espace de quelques années, transformant ainsi un handicap en atout. »

De son côté, Mme Buchanan invite les agriculteurs et agricultrices à réduire systématiquement, voire à éliminer, les terres marginales dès que l’occasion se présente. Sinon, les parcelles peu productives continueront de peser sur les bénéfices de l’exploitation.

« Lorsque les conditions météorologiques printanières sont favorables, semez des fourrages avant de ranger le semoir, conseille Mme Buchanan. Une autre occasion se présente à l’automne, avant le gel, en particulier dans les zones touchées par un excès d’humidité chaque printemps. Accordez la priorité aux parcelles marginales. N’attendez pas que la salinité ou les mauvaises herbes se propagent. »

CIC propose des mesures incitatives aux propriétaires de terres agricoles qui souhaitent s’attaquer aux problèmes liés aux terres marginales, notamment le kochia et la salinité. Un rabais supplémentaire est offert à l’achat de semences auprès de Nutrien, et d’autres mesures incitatives peuvent s’appliquer aux terres financées par Financement agricole Canada. Veuillez contacter le représentant de CIC de votre région pour calculer le montant total des paiements. Au Manitoba, le programme relatif aux régions à faible rendement de CIC est financé en partie par le Conservation Trust, un fonds de dotation qui assure un financement durable et à long terme pour la conservation dans la province.

« Il y a un coût de départ pour implanter les cultures, mais après, il reste juste à les faucher, les mettre en balles et les distribuer aux animaux », explique M. Vanbeselaere, l’un des quelque 600 agriculteurs de l’Ouest canadien à participer au programme relatif aux régions à faible rendement de CIC. Au cours des cinq dernières années, CIC a aidé plus de 1 700 producteurs et productrices à mettre en culture 68 975 hectares de fourrages (dont 9 147 hectares sur des terres marginales), leur versant ainsi directement plus de 12,6 M$.

Outre les incitatifs financiers, CIC propose un service de conseils agricoles individualisés, notamment en ce qui a trait au choix des mélanges de semences et à l’implantation des cultures. Les agriculteurs et agricultrices peuvent découvrir les pratiques exemplaires pour l’implantation des fourrages dans des zones difficiles à gérer à la ferme de recherche et de démonstration située près de Brandon, gérée par Manitoba Beef & Forage Initiatives.

Selon Mme Buchanan, la patience est essentielle lors de la remise en état de terres marginales. Les fourrages tolérants à la salinité peuvent mettre deux à trois ans à s’établir complètement. Un réensemencement correctif peut également s’avérer nécessaire.

« Nous recommandons d’utiliser un semoir pour obtenir un contact optimal entre la graine et le sol, explique Mme Buchanan. Si vous semez à la volée ou à l’aide d’un drone, vous devriez passer un hersage par la suite pour recouvrir les graines. Ne semez pas à plus de deux centimètres de profondeur. Une profondeur supérieure peut réduire la levée et le nombre de plants. »

Pour consulter l’étude du PPSN sur les terres marginales au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta, cliquez ici : ag.ducks.ca/program/marginal-areas-mb/.

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